J'ai donc enterré mon frère, un drôle d'enterrement...Mon frère vivait avec une compagne depuis 13 ans.

Il s'était marié très jeune avec sa jumelle astrologique, née le même jour que lui de la même année. Il en était raide dingue et quand elle est arrivée dans notre famille, un petit souffle de légèreté, de fantaisie s'est engoufré avec elle...

Je me souviens de cette belle jeune fille aux yeux pétillants bleus qui débarquait à la maison avec les cheveux tantôt courts et bruns, tantôt roux et longs, au gré des perruques qu'elle aimait porter, cette jolie jeune dame  fascinait la petite fille que j'étais. Ils se sont mariés et ont eu deux beaux enfants. Hélas la jumélité astrologique devait souffrir de quelques heures de décalage tant les années ont eu raison de leur couple. Femme libre, foncièrement indépendante et un tant soi peu féministe, elle avait besoin de piment dans sa vie, de mouvement, d'action alors que mon frère était quelqu'un de plutôt planplan, de casanier...Ce qui devait arriver, arriva, il se séparèrent officiellement à la majorité des enfants, une séparation officielle qui en fait n'était le résultat que de longues années d'effilochage de leur amour. Elle a été, est et restera ma belle soeur et si le temps a eu raison de son tempérament de feu, elle n'en reste pas moins quelqu'un que j'aime profondément peut-être même encore davantage qu'avant, tant je la trouve apaisée et sereine...

Mon frère a souffert de cette séparation, il l'aimait d'un amour sincère et profond et n'arrivait pas à comprendre qu'ils n'étaient pas faits l'un pour l'autre. La séparation a été terrible pour lui et puis, le temps a fait son chemin. Il a un jour rencontré par un site internet une femme plus jeune que lui qui lui a tout de suite avoué que ça ne collerait pas entre eux mais en revanche, elle était persuadée qu'il devait absolument rencontrer sa soeur.C'est ainsi qu'il a rencontré celle qui fut sa dernière compagne durant ces treize dernières années.Un curieux personnage : une femme assez classe, très coquette. Mon frère était quelqu'un qui aimait les belles choses : les belles voitures, les beaux vêtements, les belles maisons. En cela, ils étaient très proches et puis cette nouvelle compagne était aux petits soins pour lui et, cerise sur le gateau, elle l'admirait...Mon frère a toujours eu besoin de cette reconnaissance qu'il n'a que rarement trouvé à part auprès d'elle.Seule ombre au tableau, elle était veuve et n'avait jamais pu avoir d'enfant aussi, quand elle a rencontré mon frère, elle a tout de suite mis les choses au point, elle l'acceptait, lui, mais elle "tolèrerait" ses enfants à condition qu'ils ne soient pas toujours fourrés chez elle. Peu à peu, elle en fait sa chose : un coq en pâte, protégé, choyé et l'a éloigné de ses enfants et même de nous. Alors, bien sur, ils venaient une fois par an à la maison nous voir, mais ils restaient une semaine, pas davantage et puis les enfants n'y allaient qu'en janvier un week end et pour la fête des pères... Quand nous l'appelions ou que ses enfants l'appelaient, elle mettait systématiquement le haut parleur...Ceci dit, j'espère ne pas me tromper en affirmant que mon frère était heureux, les enfants étaient grands, il coulait des jours paisibles avec une femme qui finalement le dorlotait...

Drôle d'enterrement.... Oui, étrange funérailles qui ont d'abord été précédées par des journées éprouvantes car cette compagne , celle qui a toujours considéré mon frère comme "sa" chose n'a évidemment rien changé au moment du drame. Lorsque mon frère est venu à Noël, nous avons discuté de mon autre frère, celui que j'ai retrouvé après 40 ans.A Noël, il m'a avoué ne pas être "prêt" à renouer avec lui car il lui en voulait de ne pas s'être manifesté à la mort de mon père mais il ne fermait pas la porte, il avait juste besoin de temps. Lorsque Patrick est tombé malade, j'ai prévenu mon frère ainé qui m'a dit : "je veux aller le voir", ce à quoi j'ai, bien évidemment répondu : "Vas y , fonce, ses jours sont comptés". J'ai du passer une heure et demie au téléphone avec la compagne qui s'était érigée en gardienne du "tombeau" et qui refusait qu'Alain passe la porte de la chambre. Il a fallut négocier, expliquer...Mon frère aîné s'y est donc rendu et je pense que ces retrouvailles là, pour lui, ont été une sacré leçon de vie et même si Patrick n'était plus conscient à ce moment là, je suis certaine qu'il a su que son frère était là et ça me comble de joie. Il y a eu d'autres épisodes comme lorsque le propre fils de mon frère s'est présenté à l'hôpital et a demandé à la compagne de le laisser seul en tête à tête à tête avec son père et qu'elle a commencé par refuser puis a cédé devant la détermination de mon neveu interloqué. Enfin, lorsque mon frère a rejoint l'autre royaume, elle s'est rendue aux pompes funèbres seule alors qu'elle avait promis à ma nièce de s'y rendre avec elle et a tout choisi, tout décidé privant ainsi les enfants de jouer un quelconque rôle . Mais là où je dois avouer que nous atteignons des sommets, c'est lorsque j'ai découvert le programme des funérailles. Je savais que mon frère désirait être incinéré, sa volonté a été respectée mais lorsque j'ai découvert que le dernier acte des funérailles était la "remise de l'urne" je me suis tout de même interrogée. J'ai donc très logiquement posé la question à la compagne qui m'a très sérieusement répondu : "Je vais enterrer l'urne dans mon jardin, au pied du cerisier". Là je vous avoue que c'était juste l'overdose! Avoir à demander son autorisation pour pouvoir se recueillir au pied de son cerisier, c'était au dessus de nos forces. Vous n'imaginez pas le nombre d'heures que j'ai pu passer à palabrer, négocier tout cela en respectant infiniment sa détresse et sa peine...Après moult frictions, elle a accepté de le laisser partir afin qu'il rejoigne mon père dans la stèle du joli petit colombarium de ce petit village des Landes...Nous avons donc ramené les cendres de mon frère dans le coffre de la voiture et je dois vous avouer que c'est très étrange comme sensation...

Drôles de funérailles...Le jour de l'enterrement, la tension était palpable entre les deux familles, les enfants étaient à bout, la soeur de la compagne ayant dit à ma nièce que , de toute façon,  ils n'étaient rien...Mais ce qui a été extraordinaire, c'est que les enfants de mon frère ainé qui sont âgés de 18 à 39 ans ont tous tenu à être là pour rendre un dernier hommage à ce tonton qu'ils n'avaient jamais connu et là je peux vous dire que ce fut très fort car au delà des larmes versées poiur mon frère, il y avait tout ce manque dont ils ont souffert de ne pas avoir eu de tontons, de tatas, de grands mères, de grands pères...et ma petite maman, toute petite, figée dans la torpeur de perdre un fils, a, ce jour là, découvert tous ses petits enfants et même ses arrières petits enfants...

Alors, bien sur, il y a aussi la Fée qui, au début, prenait ça un peu comme une réunion de famille sans réaliser réellement ce que ce moment avait de particulier et puis au moment où j'ai lu un petit texte pour mon frère, j'ai commencé à l'entendre pleurer et puis ma nièce aussi a lu un petit texte et là les sanglots ont commencé et quand mon neveu a lu, lui, aussi, son petit texte, la Fée était secouée de très lourds sanglots. Les mots lui ont fait prendre cosncience de ce que la mort signifiait. Il a fallut expliquer, consoler...Depuis, elle n'arrête pas de me demander pourquoi je l'ai eue aussi vieille, ce qui prouve bien qu'elle a bien compris...Alors j'explique encore et encore que je serai toujours là pour elle et qu'elle n'arrivera pas à se débarasser de moi comme ça et nous finissons par éclater de rire mais bon...ces quetions sont loins de me laisser indifférente... 

Alors voilà, un de mes piliers a disparu et j'en souffre beaucoup... C'est pour cela qu'aujourd'hui je ne parlerai que de lui, j'ai besoin de souffler un peu pour reprendre mes petites chroniques et cette  page d'écriture, c'est mon souffle...